Interview d’un propriétaire de terrain sur le Serre de Gruas sollicité par un des
promoteur
 

 

Serge B., en deux mots qui êtes vous ?

Un simple citoyen, amoureux de la terre vivaroise , terre de mes ancêtres, et viscéralement attaché à son identité. J’habite un hameau face au Serre de Gruas. 

Q : Pourquoi êtes-vous hostile à ce projet d’éoliennes industrielles ?

R : J’assiste depuis des années à la destruction tous azimuts de la personnalité de l’Ardèche : lotissements et zones commerciales sans âme, rond-points anonymes, constructions identiques à celles que l’on peut voir en tout point de la planète à commencer par les  bâtiments publics tous érigés dans un même moule cubique, bref, en dépit de toutes les campagnes de communication de type « émerveillés par l’ Ardèche » ou des slogans proclamés « l’Ardèche, c’est Nature »…., la réalité c’est que ce département ressemble chaque jour un peu plus aux « paysages » de la banlieue mondialisée. Ce projet d’usine éolienne ne fait s’inscrire dans ce contexte d’uniformisation paysagère, architecturale. L’Ardèche perd son âme, mais ce concept évoque-t-il quelque chose dans le cerveau des “aménageurs”, technocrates
interchangeables et autres financiers, qui prennent les décisions ??

Q : Mais, par le passé, la nature, en Ardèche a toujours été impactée par les activités humaines ?

R : Effectivement, mais la marque, de l’Homme dans le paysage s’est toujours faite avec
le respect de la terre et en symbiose avec elle. Le poids de l’homme, sur la nature, en Ardèche n’est ni lourd, ni violent. Par exemple nos  échamps ou faîsses ont été bâties à partir des pierres trouvées sur place et s’intègrent  parfaitement… La connivence traditionnelle entre l’homme et les éléments naturels locaux, n’existe plus quand on parle d’éoliennes géantes, bruyantes, lumineuses…. Quoi de commun entre ces mastodontes et l’ancien moulinage que l’on peut découvrir, au détour d’un virage, quasiment fondu dans les villages ?

Q : pourtant il y a « de l’argent à se faire » avec ce chantier, non ?

R : Effectivement, certains ont les yeux brillants à l’annonce des dividendes qu’ils pourraient retirer de cette usine. Mais l’argent est-il le seul critère de ses choix de vie ? Il faudrait que les personnes du territoire qui collaborent (propriétaires, conseils municipaux…) avec ce projet, cessent de ne voir que leur seul intérêt et s’interrogent sur leur statut de citoyen. En composant avec les industriels de l’éolien, qu’imposent-ils à ceux qui vivent sur ce territoire ? Il faudrait qu’ils comprennent que, comme je le lisais récemment dans le bulletin d’une collectivité locale, « la beauté forme la jeunesse » :
Comment, alors, leur demander de respecter l’environnement quant ils voient les décideurs , adultes, mutiler et violer impunément les paysages naturels ?

Moi aussi j’aurai pu profiter de la « distribution générale » de la « généreuse manne » … mais je préfère pouvoir regarder mes enfants en face sans honte et admirer le Serre sans ventilateurs géants.

 

Q : Concrètement, vous avez été sollicité par une société d’éolien industriel ? 

R : Oui, comme nombre de propriétaires de terrains bordant les chemins et route d’accès au Serre. L’entreprise m’a proposé de l’argent,
1/ pour autoriser la création d’une tranchée, permettant de faire passer le réseau d’ « évacuation » de la production électrique
2/ pour que je l’autorise à déboiser une bande de plusieurs mètres de large, le long de la route menant à Gruas, à « décaisser » la terre pour y installer des pierres (gravats ?) . Ça, c’est pour leur permettre de monter le matériel : béton, câbles, éléments de l’éolienne. Il leur faut un « boulevard »… Visuellement, ce serait une vraie « tranchée » dans la montagne. Le « bon côté », c’est que ça nous indique que nous avons moyen de résister et d’empêcher ce projet fou.

Si nous sommes très nombreux à refuser leur argent, à refuser de signer leurs conventions, nous pouvons leur faire obstacle !

J’ajoute que dans le dossier qui m’a été présenté figurait une maquette d’un poste de transformation électrique, un hideux cube de béton. Combien en faudrait-il, tout au long du circuit électrique ?? Je ne sais, mais le fait même d’envisager d’implanter de telles verrues, révèle bien l’indifférence, de ces sociétés à l’égard de notre cadre de vie. On comprend aisément qu’ils n’ont aucune réelle sensibilité environnementale et ne sont pas dans la disposition d’esprit de respecter le site et ceux qui le fréquentent. Une fois de plus, il s’agit de projets conçus in-abstracto dans des villes lointaines, et « plaqués », imposés sur les territoires ruraux, sommés de les accepter sous peine d’être accusés « d’arriération ».

Mais ce discours est éventé aujourd’hui, il ne fonctionne plus, les ruraux ne se laissent plus manipuler par ces discours infondés !

Q : un mot pour finir ?

R : Comme l’exprimait Pierre RABHI, je suis convaincu que le discours de l’écologie politique ne prend pas assez en considération la beauté de la biosphère et que la civilisation « rationnelle » et technologique que l’on nous impose, pratico-pratique à outrance, ne suscite qu’ennui et laideur. Il y a là une vraie question de Civilisation. C’est pour cela que le combat doit être mené .

Volem gardar lo Serre viu !
(Nous voulons garder le Serre vivant !), pour pouvoir continuer à chanter « Pourtant que la montagne est belle… »